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Voyage au Canada (page 11)


Là, poursuivant notre route à l’ouest, nous entrons dans la forêt sans limites connues, inexplorée dont six cents lieues carrées ont été incendiées par le prospecteur de mines, le chasseur ou le pionnier : les uns par négligence, les autres pour se frayer une voie ou mieux examiner le sol ne craignant pas d’enflammer ces forêts solitaires ; non seulement, les arbrisseaux et les branches sont consumées par les flammes mais les troncs un peu gros sont flambés, noircis et restent debout avec une allure lugubre. Le pin est l’essence forestière principale de ces froides solitudes, mais, après l’incendie le sol se recouvre naturellement d’une végétation nouvelle l’érable des rochers ; le chêne rouge, le bouleau noir, tous arbres de moindre valeur que le pin. La marche est très difficile et pénible au milieu de ces fouillis de jeunes arbres, de troncs, de racines et de collines formées le plus souvent de rocs abrupts et dénudés, pendant que le fond des vallées est marécageux ou formé d’étangs souvent dus aux castors qui font tomber des arbres au travers des lacs on ne rencontre que rarement de quoi faire des lopins de terre cultivable et l’exploitation des forêts est encore la principale industrie.

Depuis l’année 1846, le gouvernement canadien était avisé par le rapport d’un savant explorateur : le Docteur Hunt que cette partie de la province d’Ontario était riche en mines mais le manque de moyens d’accès et de transport s’opposait à leur mise en exploitation ; on ne pouvait traverser cette zone qu’en canot d’écorces de bouleau, suivant les méandres d’un réseau ininterrompu de lacs et de rivières ; enfin, le passage du « Pacific Canadian Railway » en 1859 ouvrit ces parages à la civilisation. Le courant des pionniers se porta d’abord sur les fertiles territoires du Nord-Ouest et du Mannitoba qui, comme on sait, se développèrent rapidement, quand aux mines,qui se montraient autour de la station de Sudbury, à 200 Kilomètres environ de North Bay, elles furent seulement étudiées dans ces dernières années. Les explorateurs crurent d’abord que le minerai ne contenait que du cuivre, mais des opérations métallurgiques firent reconnaître que le nickel y était pour le moins aussi abondant que le cuivre ; c’était là un fait très important pour l’avenir de ces nouveaux gîtes. Depuis l’époque de mon premier voyage en 1890, les découvertes de nouvelles mines de cuivre et de nickel associés en diverses localités de ces parages n’ont fait que s’accroître et l’on est encore à connaître les limites des terrains métallurgiques  et vu les difficultés d’exploration dont nous avons parlé, il se passera certainement encore bien des années avant que la carte indiquant la position de tous les gîtes de nickel soit établie.

En ce qui concerne la géologie pure qu’il est plus facile d’étudier en suivant les coupes naturelles offertes par les rives des cours d’eau et des lacs, on a pu reconnaître que les roches de ce district s’étendent sans modification sur une immense surface et appartiennent  à l’étage huronien ainsi nommé par les géologues à cause de son énorme épanouissement au nord du lac Huron. Les dimensions actuellement attribuées à la zone capable de présenter aux recherches des chances sérieuses de trouver des mines de nickel sont de mille kilomètres dans le sens de l’est à l’ouest et dans le sens nord sud, les prospecteurs n’ont pas encore établi les limites qui sont en tous cas considérables. Ce n’est pas à dire que cette immense nappe de roches très anciennement formée serait absolument identique dans toutes ses parties : on y trouve au contraire toute la gamme des minéraux de cette époque reculée de la formation de la croûte terrestre : les gneiss, les syénites ( ?) abondent, surtout cette dernière qui est très nettement représentée sur plusieurs millions de lieux carrées ; enfin les diorites et leurs dérivés habituels. Je fus surpris de trouver dans ces parages et réunis, à la fois  des formations que je n’avais vues qu’à la Nouvelle Calédonie au voisinage des mines de nickel et d’autres, toutes différentes que j’avais aussi observées accompagnant le nickel en Scandinavie et dans les Alpes ‘vallée de Varollo) ; pourtant, jusqu’ici, le minerai de nickel du Canada s’est trouvé semblable à celui de l’Europe mais n’a jamais présenté la belle variété verte que j’ai rapportée pour la première fois de Nouvelle Calédonie. Ici, le minerai de nickel se rencontre dans le voisinage des lignes de contact des dorites avec le gniess ou la syénite quartzienne ou dans les plans de contact, en tous cas, le minerai est toujours accompagné de diorite et particulièrement lorsque cette roche est sous la forme de brèches intercalées dans les fissures de la diorite massive.

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