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Voyage au Canada (page 12)


Il a fallu une certaine intrépidité aux capitaux pour se lancer dans l’exploitation d’un minerai placé dans une contrée aussi retirée et placée dans un climat aussi sévère. Ici l’automne et le printemps sont remplacés par une succession capricieuse de journées glaciales avec rafales de pluie, de neige ou de journées chaudes selon que le vent vient du nord ou du midi. C’est une véritable lutte de plus ou moins longue durée entre l’été qui meurt ou s’en va et l’hiver qui s’éloigne ou arrive. Enfin, vers  la fin d’octobre l’hiver s’établit avec une neige qui résiste sur le sol où elle passera l’hiver jusqu’à ce que le soleil de mai la fera définitivement disparaître : il n’est pas rare de voir le thermomètre descendre au point de congélation du mercure, mais, si l’air est calme, l’homme en bonne santé résiste bien contre le froid ; ce qui est alors dangereux, c’est le vent qui amène la congélation et la mort mais la mort sans douleur au milieu d’un calme et profond sommeil.

Pourtant, l’activité humaine n’est jamais plus intense qu’à ce moment : le pied chaussé de la raquette, sans laquelle on enfoncerait dans la neige, le chasseur, le voyageur circulent rapidement sur la ;neige non tassée ; je donne un dessin et une description de cet indispensable appareil dû à l’industrie des indigènes et qui est un véritable chef d’œuvre si on l’étudie dans ses détails : la raquette est un cadre allongé, fait d’une même tige de bois recourbée dont les deux extrémités se réunissent en formant une longue pointe effilée. La longueur de la raquette dépasse un mètre et la largeur est de trente centimètres. Ce cadre supporte un treillis de minces lanières de cuir, tendues ne présentent qu’une ouverture carrée ; enfin, de fortes courroies sont attachées sur les bords. Le poids des deux raquettes est de un kilogramme seulement. On chausse la raquette en plaçant le pied au milieu du treillis pendant que les doigts de pied sont dans le trou carré, pouvant ainsi jouer librement ; les courroies  fixent dans cette position le pied en ne lui permettant aucun mouvement différent de celui de la raquette si ce n’est que les talons peuvent se mouvoir dans le sens vertical. La partie de la raquette en arrière du pied est plus lourde que la partie avant ; elle traîne sur la neige ce qui diminue l’effort du marcheur.

Grâce à cette chaussure, le pied appuie sur la neige une surface quinze fois plus grande que la sienne et l’on n’enfonce que de quelques centimètres sur la neige fraîchement tombée. Afin que les pieds puissent jouer plus librement, on les enveloppe de plusieurs morceaux superposés de drap de laine que l’on soutient par le mocassin indigène qui est une peau de daim bien serrée par des lacets et absolument imperméables à l’humidité et au froid. La neige ayant voilé les marais, les cours d’eau, les broussailles, les fossés, le Canadien circule partout pour ses besoins portant jusqu’à quarante kilos de provisions diverses et franchissant, s’il le faut quatre vingt kilomètres dans sa journée malgré le peu de consistance qu’a la neige durant les premiers mois d’hiver ; plus tard, quand la neige s’est tassée,, les pistes sont battues et l’on peut utiliser le traîneau pour porter son fardeau, produit de sa chasse ou autre en attelant des chien à un simple plateau de bois. La nuit, le campement consiste à creuser la neige jusqu’au sol et à s’installer dans ce trou, plus ou moins spacieux qu’on a recouvert d’une couche de branchages. Cette demeure, rapidement construite est
très chaude ; on y fait d’ailleurs un petit feu et le chasseur s’endort auprès, plié dans sa couverture. Ces mœurs nous sont léguées d’ailleurs par les indigènes.

Les chaleurs du printemps succèdent rapidement à l’hiver, le sol reparaît et avec lui non seulement la végétation mais une myriade d’insectes ; c’est ici un paradis pour les entomologistes ; j’ai eu la bonne fortune d’en rencontrer dans ces solitudes qui m’ont cité les nombres fantastiques des variétés de papillons de nuit qu’il leur est arrivé de prendre dans une seule nuit. Les mouches qui abondent dans l’air n’épargnent pas l’homme sous la forme du moustique, de la mouche noire et de la mouche de feu Heureusement ces insectes se montrent peu dans les éclaircies et tourmentent seulement le coureur des bois qui en souffre beaucoup en été.

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