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Voyage au Canada (page 13)


L’Indien a laissé peu de traces de sa présence dans ces parages aux forêts touffues. On rencontrait parfois un wigwam isolé dans quelque éclaircie naturelle des bois ou un petit village au bord d’un lac plus spacieux qui lui fournissait le poisson dont il est grand consommateur. Nous eûmes cependant l’occasion de visiter un de ces villages établi sur les bords du lac du «poisson blanc» lequel communique avec le lac Huron par le «Georgian Bay» Bien qu’en pleine paix, ces sauvages se gardent instinctivement contre une surprise et le village s’étageait sur le flan d’une presqu’île.

Il nous fallut traverser un bras du lac grâce à une pirogue que nous eûmes la chance de voir passer, conduite par un chasseur canadien. Notre débarquement fût immédiatement signalé par les aboiements d’une meute de chiens de toute taille et de toute race et ce ne fût pas un de nos moindres courages que de braver les fureurs de ces bêtes sauvages pour arriver jusqu’aux wigwams. Le village semblait inhabité, car, malgré les hurlements des chiens, personne ne se montrait ; pourtant les fumées qui s’élevaient  du sommet percé de ces cases coniques nous démontraient qu’elles étaient occupées. Leurs habitants ne se dérangèrent en rien de leurs occupations, même quand nous entrâmes, leur indifférence nous parut extraordinaire ; pas un mot à notre adresse, pas un geste, pas même un regard ; c’était bien là en son entier l’impassibilité tant de fois décrite des peau-rouge, nos menus présent en tabac, cigares, menue monnaie furent accueillis mais sans signe marqué de gratitude : l’ameublement de ces huttes d’écorce de bouleau était un singulier mélange d’ancien style peau-rouge  et de produits de nos industries : l’arc à coté du fusil à pierre, la marmite de fonte à coté du pot grossier de leur façon, des paniers d’écorces de bouleau, artistement faits et remplis d’airelles, le fruit le plus abondant ici et qui nourrit à la saison froide l’homme rouge et blanc sans compter nombre d’oiseaux, quelques pelleteries de daim, de castors et autres attendaient le passage des traitants.

Les mœurs de ces peaux rouges ne semblent pas s’être modifiées depuis notre occupation déjà longue et c’est à peine s’ils savent quelques mots de nos langues. Nos méthodes de culture  ne les tentent guère, ils n’ont pas de troupeau, si ce n’est leurs chiens qui les aident à la chasse, s’attèlent au traîneau, servent de sentinelles, vivent d’épluchures et d’os et sont mangés de temps en temps ; ils sont ainsi près de cent mille dans toute la vaste étendue du Canada et ils disparaissent peu à peu comme leurs buffles si abondants et qui les faisaient vivre, l’a déjà fiat. La misère de ces indiens a forcé le gouvernement) leur donner annuellement quelques vivres et à leur consacrer exclusivement des territoires mais c’est là un échantillon de la race humaine qui ne tardera pas à disparaître et ne subsistera que comme métis car le sang blanc, dans le nord ouest surtout se mêle au leur depuis longtemps par le contact des trappeurs et coureurs des bois. Ces métis travaillent et font souche.

Lorsqu’on lit les descriptions des premiers explorateurs de ces parages on est surpris de l’abondance et du peu de sauvagerie relative du gros gibier ; Le peau rouge, côte à côte avec l’ours vivait  dans l’abondance et n’eut pendant la suite des siècles qu’à exercer son esprit à l’art de la chasse et de la pêche, pendant qu’en fait d’agriculture de petits champs de ma¨s suffisaient à compléter ses besoins. Toute son intelligence concentrée sur ces occupations limitées avait fiat de lui un incomparable chasseur au point qu’il paraissait doué de sens bien supérieurs aux nôtres quand il s’agissait de suivre une piste nous avons vu combien son soulier à neige est parfait mais pour voyager sur l’eau son canot est tout aussi remarquable ; deux hommes peuvent aisément transporter sur de longues distances une de leurs pirogues assez grandes pour porter huit hommes et leur petit bagage ; cette pirogue est faite d’une mince écorce de bouleau cousue avec des lanières de la même matière.
Et s’appuyant sur une membrane intérieure en bois léger ; les joints sont garnis de résine ? Dans une aussi frêle barque   ils remontent des courants d’eau si rapides qu’ils sont infranchissables pour nos embarcations ; ils se lancent au travers des lacs parfois aussi agités que la mer ; j’ajouterai que, malgré leur habilité, ils chavirent quelquefois et, comme les eaux de ces lacs sont toujours très froides, ils sont perdus si le rivage est à une certaine distance car le meilleur nageur est bientôt impuissant à cause du froid qui le saisit.

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