Version Française English version
 Ses origines  |  Voyage aller  |  Journal de marche  |  Volontaires 1870  |  Prospection  |  Usines & industrie  |  Voyage au Canada  
Voyage au Canada (page 3)


Á Québec, le Saint Laurent présente une grande animation ; de nombreux petits steamers y circulent transportant les voyageurs d’un point à l’autre car la ville s’étend sur une péninsule entre les rivières Saint Charles et Saint Laurent. Les navires longs courriers couverts de toile allant à Montréal moteur ou en revenant, les grands steamers transatlantiques laissant derrière eux un long nuage de fumée noire ; tout cet ensemble anime au plus haut point la grandiose rivière resserrée ici à une largeur qui n’est plus que de quinze cent mètres. L’intérieur de la ville a conservé son cachet primitif et ne diffère pas de nos cités françaises ; à ce point de vue Québec est seul de son espèce au Canada et dans le Nord Amérique où, comme l’on sait, on a adopté pour l’érection des villes un plan général uniforme tout à fait différent de ce que nous voyons en Europe.

En amont de Québec, les rives du St Laurent offrent à l’œil une succession ininterrompue de villages qui ont religieusement conservé  les mœurs et coutumes des anciennes seigneuries françaises sauf que le seigneur n’existant plus, c’est la paroisse qui s’est maintenue : la grosse tour à mâchicoulis et à pont-levis qui s’élevait autrefois chez nous pour protéger les habitants et qui abritait la famille du seigneur, ne se montre ici nulle part, c’est une église au clocher très élevé recouvert de tôles étamées, étincelant au soleil qui sert de point de ralliement. Le curé et ses vicaires guident ce monde pacifique de cultivateurs et de pécheurs moyennant l’antique rétribution de la dîme. Ces français ont peu de besoins en dehors de ceux que peuvent satisfaire les produits de la pêche, de la culture et de la chasse.

Les marchés de la ville voisine prennent leur superflu en échange de la petite quantité d’objets qu’ils sont obligés d’acheter. Jusqu’ici le nombre extraordinaire d’enfants qu’on trouve dans chaque famille était pour le canadien français plutôt une source de fatigue que de misère. Attendu que la terre inculte ne faisait pas encore défaut autour des villages qu’on avait tous établis bien à portée des cours d’eau navigables ou du St Laurent lui-même, il suffisait donc d’avoir les défrichements déjà faits ou d’aller à une petite distance fonder de nouvelles ruches : c’est ainsi que les deux rives du St Laurent assez plates, fertiles se sont remplies successivement de cultivateurs descendants des premiers français. Ce secteur a été défriché et mis en rapport dans le bas Canada où la population de français au moment de la prise de possession de l’angleterre.

Les français qui restèrent au Canada après 1790 furent en majorité ceux qui n’avaient pas l’argent nécessaire pour rentrer dans leur patrie (ou qui ne s’étaient pas encore créé par le défrichement des terres de rapport) car la haine de l’anglais était telle alors que le séjour sous sa domination fût longtemps regardé avec effroi.
Ces français se cantonnaient donc dans les campagnes et tels ils étaient, tels nous les retrouvons.

Attachés à la glèbe pendant que l’anglais s’empara peu à peu, grâce à ses capitaux, des commerces et de l’industrie naissante. Mais, avec le temps, le domaine agricole laissé à notre race est devenu étroit dans la province de Québec et, depuis quelques années, on voit ces français quitter pour la première fois la charrue et se rendre par groupes nombreux dans les provinces méridionales du Massachusetts, de l’Ohio demander aux manufacturiers des Etats Unis le pain qu’ils ne trouvent plus chez eux. Ils émigrent donc une nouvelle fois conservant religieusement leur nom, leur langue et leur système de groupement en paroisses. D’autres vont plus à l’Ouest  jusqu’aux terres au rude climat mais cependant fertiles en blé du Manitoba : un certain nombre d’entre eux s’infiltrent isolément dans la province protestante et anglaise de l’Ontario mais, en dehors du bas Canada, ils n’ont plus les coudées aussi franches. Les conflits ne sont pas rares entre les deux races : les journaux, le parlement d’Ottawa sont trop souvent l’écho de leurs doléances et revendications.
Au dessus de Québec, la navigation est encore possible jusqu’à Montréal  pour les plus grands steamers bien qu’on doive suivre un chenal balisé ; sur la rive gauche, à peu près à mi-chemin se jetaient trois rivières aux eaux limpides dont la principale : St Maurice est encore navigable et amène de lointaines régions du nord de grandes quantités de bois. Cette ville fondée par les français en 1618 à cause des riches mines de fer qui abondent dans la contrée avoisinante est plus que jamais aujourd’hui un centre de métallurgie.

 Page précédente (2)      Page suivante (4) 
créé par LusoDev                   Copyright ® 2007 - Dr. Jacques Le Sire - Tél. : +33 (0)6 89 30 06 07                     Infos légales | Liens