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Voyaga au Canada (page 4)
La forge de la rivière Saint-Maurice


Le Canada, malgré ses immenses ressources minérales, n’a pas beaucoup développé son industrie métallurgique ; les capitaux ont craint sans doute de s’engager dans ce pays d’un séjour difficile en hiver. Nos premiers émigrants montrèrent plus de résolution  car ils fondèrent à Trois Rivières les forges qu’on y voit encore. J’ai donc pensé que le lecteur aurait plaisir à connaître comment et par quels français furent entrepris ces travaux dans la Nouvelle France C’est en 1668 que le Sieur de la Pontardière, de Québec, étudia le minerai de fer des Trois Rivières. Á ce moment, par décret royal, toutes les mines de la Nouvelle France appartenaient de droit à la « Compagnie des Indes occidentales », toutefois, le Comte de Frontenac, représentant de la couronne visita lui-même les mines de fer et les premières forges et consigna ses observations dans un rapport en date de novembre 1672 qui existe encore et dont j’extrais quelques passages : « La mine de fer que je viens de visiter  a une grande importance, aussi l’ai-je visitée moi-même pour en parler avec plus d’exactitude. L’un des gisements va du cap de la Madeleine à Champlain, sur une longueur de quatre lieux et tout le pays y est couvert de minerai de fer ; j’ai eu la curiosité de goûter l’eau des ruisseaux qui circulent sur ces sites et je l’ai trouvée fortement imprégnée de rouille et de fer…Quand aux forges à élever, j’aimerais mieux les placer sur le ruisseau Pépin qui est en Champlain qu’au Cap où les Pères Jésuites ont déjà un moulin en marche… ».

Grâce au rapport élogieux de Frontenac et à ceux du gouverneur Denouville qui lui succéda, grâce enfin à une somme de 1000 000 livres données plus tard par Louis XV en 1737, on finit par élever un haut fourneau qui existe encore et sur la route de cette antiquité on peut voir une plaque de fonte portant la fleur de lys, insigne du roi de France et la date de 1752 ; il faut dire qu’à partir de 1743, la couronne avait pris possession de ces forges ; ce fut donc le Roi de France lui-même avec ses deniers qui fit fonctionner ces usines. Il envoya de France et de Suède d’habiles ouvriers et le fourneau perfectionné que ceux-ci installèrent en 1752 ne s’éteignit qu’en 1783. Le professeur Peter Kahn de Suède visita « Trois Rivières » en 1747 ;  son rapport démontre l’importance et la bonne installation du matériel aussi bien que l’énergie des français qui l’avaient édifiée ; il vit fondre sous ses yeux des canons et des mortiers de différentes dimensions aussi bien que des fourneaux pour les colons. Le rapport critique toutefois le luxe et le nombre des officiers et directeurs qui, étant à la solde du Roi, dépensaient plus que de raison et ne tiraient point un économique parti d’une admirable situation. Le gaspillage, pour l’appeler par son nom, auquel fait allusion le métallurgiste suédois, provoqua peu après le déplacement du gouverneur Marquis de Jonquière et la nomination d’un Inspecteur, Mr Franquet dont le rapport constate que la forge mue par la force de l’eau, emploie 180 ouvriers français, consomme le charbon de l’immense forêt qui couvre le pays et que le fer que l’on retire pour l’affinage de la fonte se vend 30 peaux de castor les cent livres : malgré ce prix élevé, le Roi s’y ruine et il aurait plus d’avantage à la laisser à cent pistoles par an, prix qu’on en donnerait.
Le 8 juillet 1760, après la capitulation des Français, les forges passèrent dans les mains de la couronne britannique qui les conserva jusqu’en 1846. Durant le cours de l’invasion du Canada par les rebelles d’Amérique en 1775, le français Pélissier  qui dirigeait les forges s’empressa d’y fondre des boulets et des obus qu’il livrait aux rebelles et servirent à canonner les anglais à Québec.

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