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Voyage au Canada (page 7)


Le Canada présente encore une différence essentielle par rapport aux États-Unis : le nègre n’y peut pas vivre ; la consomption le tue. Cela est triste et quelque peu humiliant à constater mais le canadien français par rapport aux anglais semble, dans les provinces anglaises comme l’Ontario, remplacer le nègre en ce sens que l’anglais, habituellement propriétaire des mines et des usines, le chargera toujours des fonctions les plus infimes et les plus pénibles, réservant les autres aux hommes de sa race ; c’est ce qui explique qu’on ait pu dire que les anglais colonisaient avec leur argent et les races latines avec leurs bras ; mais de toutes les races dites latines, le Français ( et seulement le français du centre et du nord) peuvent supporter facilement le climat canadien en même temps que les dures années qu’il faut d’abord passer à défricher, se bâtir une maison de bois et enfin semer et attendre la récolte.

Nos braves paysans bretons, pour la plupart, qui vont ainsi fournir des bras aux capitaux anglais ne reculent pas devant la besogne et ne tardent pas à apporter leur contingent à l’immense production de blé qui fait vivre. Les actionnaires anglais de la C.P.R. (Canadian Pacific Railroad) ou Chemin de Fer Canadien Pacifique ne vit que du transport du blé ; bien plus, les agents et intermédiaires anglais pour la plupart qui commercent et agiotent sur les blés laissent aux paysans le strict nécessaire. En un mot, les anglais du Dominion u Canada ayant à leur disposition d’immenses territoires incultes et ne pouvant utiliser les nègres comme on le fait aux États-Unis parce qu’ils meurent, ne voulant pas davantage travailler le sol trouvent plus simple d’utiliser en France la fibre patriotique, politique et religieuse .

Ils créent chez nous dans ce but des agences et nous ravissent autant qu’ils le peuvent  le plus pur de nous-mêmes, c'est-à-dire nos paysans si travailleurs et si robustes. Je sais que nombre de français de très bonne foi. Chez nous, les auxiliaires des agences anglaises les poussent à l’émigration au Canada  avec d’autant plus d’énergie que le sentiment qui les guide est d’ordre moral ; je sais fort bien que je vais heurter une conviction faite chez eux mais qu’ils sachent bien de leur coté que ce n’est pas à la légère que je soulève ce voile. Moi aussi j’ai partagé leur manière de voir, moi aussi j’ai rêvé de la résurrection d’une nouvelle France sur cette terre lointaine arrosée du sang des Montcalm, étudié par nos explorateurs pendant des siècles consécutifs et cela au prix de fatigues sans nombre et souvent de la vie.

Moi aussi, j’ai causé dans leur ville avec d’excellents Canadiens Français de toute classe, qui, de bonne foi , j’aime à m’en persuader, me vantaient les avantages et les chances de leur pays pour les paysans français : « chaque oiseau trouve son nid beau » ; c’est la meilleure excuse de ces braves gens mais, lorsque  j’ai vu, dans la plupart des mines les travaux les plus durs dévolus aux Canadiens Français, pendant que le contremaître est anglais d’origine, quand j’ai vu de près le dédain que l’on montre ici pour notre race, je me suis fait un devoir d’avertir mes compatriotes. D’ailleurs, les gens de race anglaise ;les employés de l’État que j’interrogeais dans les ministères à Ottawa ou ailleurs, c’est avec le plus vif empressement qu’ils me parlaient de ns bons paysans Français qui devraient venir en bien plus grand nombre mais nous aussi nous aimerions voir les paysans du Royaume Uni apporter le concours de leurs bras  pour défricher nos terres africaine set concourir, à l’ombre des plis de notre drapeau, respectueux pour lui à la grandeur de nos colonies Ils ne tarderaient pas à épouser nos mœurs, à parler notre langue ; leurs enfants parleraient français, seraient français et, attachés à la glèbe, concourraient à notre richesse contre une modeste rémunération.

En résumé, si nous voulions lutter à armes égales au Canada,et d’une façon digne de nous,  si nous voulions reconquérir une place de notre grande nation, surtout de la situation que nous avions autrefois occupée, ce n’est pas nos modestes travailleurs armés de leurs seuls bras qu’il faudrait encourager à émigrer au Dominion mais bien nos capitaux dirigés par des hommes capables de rivaliser  avec les habiles anglo-saxons ; ce sont des services directs de navires qu’il faudrait créer, des banques, des comptoirs. Nous serions alors sur un pied d’égalité Cela nous permettrait de faire pénétrer directement nos marchandises et non plus par l’intermédiaire des navires et des agents anglais. Il est vrai que les produits spéciaux de la France tels que les vins sont soumis à des taxes de douane et des patentes si lourdes que cette hygiénique liqueur se vend à des prix énormes, aussi, le Canadien Français ne boit presque pas de vin. Le thé est la boisson favorite pendant et en dehors des repas ; il faut reconnaître que les peuples buveurs de thé ont une certaine supériorité sur ceux qui boivent du vin : ce liquide est une boisson encombrante pendant que la provision de thé d’une année peut tenir da&ns une simple boit ; de plus, si le thé surexcite le cerveau, comme le vin et fait aussi marcher le sang plus vite, il n’arrive pas à provoquer l’ivresse et l’abattement qui la suit. On m’assurait que c’est seulement grâce à une absorption énorme de thé concentré que les pêcheurs des zones glacées de l’embouchure du St Laurent peuvent résister. La consommation de thé est donc énorme dans l’Amérique du Nord et j’ai vu des statisticiens se préoccuper d’avance de la possibilité de procurer à ces contrées, lorsqu’elles seront peuplées tout le thé qu’il leur faudra ; aussi est ce avec satisfaction qu’ils voient la réussite de la culture du thé dans l’Inde bien qu’ils déplorent que le thé indien  soit de qualité inférieure et que les terrains marécageux où il réussit tuent impitoyablement la plupart des blancs qui sont chargés de diriger cette culture ?

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