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Voyage au Canada (page 8)


Un peu à l’Ouest de Montréal, on trouve l’embouchure de l’Ottawa qui n’est qu’une rivière dans ce pays aux grandes échelles mais serait un fleuve important chez nous à cause de la largeur du lit et de l’abondance des eaux. L’Ottawa qui descend du nord, un peu ouest, est la limite qui sépare le bas Canada du haut Canada ; nous allons donc entrer dans la partie anglaise de la contrée. Sur ces limites des deux races, on a établi la capitale du Dominion vers 1864 afin de n’exciter aucune jalousie. Fatigué des luttes qu’amenait la rivalité des deux anciennes capitales : Montréal pour la province française, Toronto pour la province anglaise, le gouvernement décida d’établir, sur la rivière Ottawa, à 100kms environ de son embouchure une ville neuve qui serait la capitale. Le programme fut accompli en tout point : le territoire qui environne cette ville neuve est encore inculte et sauvage mais la capitale par elle-même est surprenante d’élégance, de propreté de confortable bien que les rues soient d’un calme qui tranche avec l’animation des autres villes américaines ; mais c’est ici un monde de fonctionnaires et non de marchands. Chacun a sa petite villa coquette et soignée, entourée d’un gazon vert soigneusement rasé sur lequel se dressent les accessoires du lawn tennis national. Le climat ne permettant pas autre chose, quelques sapins et mélèzes forment de petits bosquets, pendant que quelques corbeilles de fleurs sans parfum et mal venues essayent de donner une note gaie.

Malgré l’absence de mouvement mais par l’instinct de l’habitude, les rues et avenues sont d’une largeur colossale, ce qui les fait paraître encore plus vides et deux lignes de tramways électriques desservent ces artères sans fin au travers d’un pays plat. La lumière et la force électrique sont distribuées partout avec une extraordinaire profusion et la moindre échoppe étincelle le soir, c’est que la rivière Ottawa aux portes même de la ville se précipite en une cascade de 20m de hauteur ; comme le débit de la rivière est estimé à quatre mille cinq cent mètres cubes par seconde, la valeur du Rhin à Strasbourg, il est facile de calculer que la force développée par la chute est d’environ un million de chevaux. On n’utilise qu’une faible partie de la puissance des eaux bien que depuis de longues années déjà des scieries importantes soient installées là. Lors de la visite que nous en fîmes, nous admirions la simplicité dans l’exécution, l’intelligence qui ont présidé à l’établissement de ces scieries ; d’énormes troncs d’arbres, amenés par le cours naturel des eaux des forêts du nord, sont happés successivement et amenés devant les scies et de là,successivement débités  avec une rapidité presque magique : le bois ainsi débité formera d’immenses radeaux qui descendront jusqu’au St Laurent d'où ils se distribueront sur tous les rivages des fleuves et des lacs pour aller au loin au sud servir à la construction des villes.

L’abondance du bois dans le Nord Amérique et le bas prix de la journée du charpentier qui est cependant fort habile (il gagne 12 f par jour) explique la rareté relative des maisons en pierre ou brique (un maçon se paye 20 francs par jour) mais je suis de ceux qui pensent que c’est là un mauvais calcul car les incendies occasionnent tous les ans des pertes énormes en argent et en vies humaines ; ils exigent des services de pompiers et de surveillance incessant et coûteux et tiennent l’habitant dans une perpétuelle crainte de brûler vif et c’est pour l’étranger une certaine angoisse de voir partout dans les hôtels des faits qui lui rappèlent la mort atroce à laquelle il est exposé pendant son sommeil : Dissimulé derrière les rideaux de ses fenêtres, c’est un paquet de cordes  à nœuds pour descendre dans la rue ; dans les corridors, ce sont des haches suspendues aux murs  avec cette inscription : « En cas d’incendie, enfoncez le panneau, vous trouverez un escalier ». de fait, les incendies sont aussi inexorables que fréquents et nous avons pu, après une absence de trois heures de notre hôtel y revenir et trouver une maison de plusieurs étages complètement anéantie en un si court espace de temps.

Pendant que Montréal et Toronto, chefs lieux des deux provinces possèdent chacune le parlement de leur pays respectif, Ottawa, siège du Gouvernement est la résidence du Gouverneur ou Vice Roi. Le Parlement du Dominion est situé dans un splendide monument sur une colline élevée qui domine la rivière d’Ottawa : ce sont des architectes locaux qui ont dessiné ce palais et ils semblent s’être inspirés de l’Abbaye de Westminster bien que les sculptures extérieures soient moins nombreuses ; c’est une pierre de pays qu’on a employée et qui se trouve être de très bonne qualité avec une teinte agréable à l’œil Lorsqu’on parcourt les immenses salles des monuments presque cyclopéens qu’on a construit pour le Dominion, on conclut à l’évidence que les auteurs de créations aussi vastes avaient en vue non le présent mais l’avenir et qu’une foi robuste dans les hautes destinées du Dominion les animait.

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