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Journal de marche (page 3)


"De retour à Nouméa je reçus l'ordre de me tenir prêt à partir pour le nord afin d'y reconnaître des terrains où l'on avait trouvé quelques parcelles d'or. J'abandonnai donc l'exploration des environs de la ville et m'occupai exclusivement de mes préparatifs de voyage. Enfin, ils furent terminés. Sept hommes d'infanterie de marine devaient m'accompagner avec la double mission de me servir d'escorte et de m'aider dans mes travaux de fouille et c'était encore la goélette La Calédonienne qui devait nous transporter jusqu'à Poëbo. Pour nous rendre de Nouméa à Poëbo nous devions, comme d'habitude, naviguer entre la ligne de récifs et la terre. De cette façon, tous les soirs, d'assez bonne heure, nous pouvions aborder à une baie pour y passer la nuit. Ordinairement encore, nous avions le temps de descendre à terre et de visiter un peu le pays. L'île dont nous suivions ainsi les rivages se compose généralement de chaînes de montagne, de chaînons et de pics plus ou moins isolés ou groupés. Les seules plaines qu'on y rencontre sont formées par les deltas des grandes rivières, aboutissant à la mer après de longs circuits dans des vallées intérieures ordinairement très profondes.

Quoique les lignes de faîte des chaînes montagneuses aient des directions très variables on remarque bientôt que l'orientation dominante est du nord ouest au sud est…Ces montagnes changent complètement d'aspect suivant que les roches qui les composent varient elles mêmes, et ce fait, qui a déjà été observé en Australie, est ici tellement saillant qu'il peut à lui seul, dans la plupart des cas, permettre à un oeil exercé de désigner à l'avance le genre des roches sous-jacentes. Ainsi les serpentines forment des sites désolés, des terrains bouleversés, abrupts, difficiles à la marche recouverts ordinairement d'une maigre argile rouge au milieu de laquelle végètent ça et là quelques bouquets d'arbustes chétifs, à demi morts, aux branches dures, noires, sèches, cassantes, étalant à peine à leur extrémité quelques feuilles jaunies.


 

Ailleurs, en nous enfonçant au-dessous de l'épaisse couche d'humus végétal, nous trouverons des roches schisteuses, des calcaires etc. en un mot et, d'une manière générale, toutes les roches autres que les roches serpentineuses. Les calmes nous retinrent dans la splendide baie du sud, et je passai deux jours à parcourir les montagnes, m'extasiant devant les immenses quantités de minerai qui couvrent le pays et que je reconnus bientôt à l'analyse comme d'une nature unique au monde par leur complexité puisqu'ils tiennent, en proportions variables, du manganèse, du fer, du nickel, du chrome et du cobalt. Au-delà de Goro, le vent, dont la direction nous étaient alors très favorable nous poussa bientôt devant l'embouchure de la belle rivière Yaté… où quelques mois plus tard devaient se passer un des événements les plus importants de l'histoire de la colonisation néo-calédonienne. Le soir, nous atteignîmes, dans la tribu de Kuoanné, non loin d'Unia, une baie qui porte aussi le nom de "Baie du massacre", nom que l'on peut accoler à bien d'autres anfractuosités des rivages océaniens et qui rappèle ici un funèbre événement.


 

La photographie qui accompagne le texte a été prise par Louis Armand en 1856. Elle est intitulée "M. Bérard massacré avec ses compagnons". En effet, il s'agit du fameux colon Théodore Bérard, ancien commissaire de la marine, qui, en 1855 s'est installé comme colon à Fort de France, puis au Mont Dore où il a obtenu de l'administration une grande concession. C'est là qu'il est attaqué et tué avec 26 de ses employés par des kanaks hostiles et inquiets de voir progresser l'installation européenne.
En 1861, un capitaine au long cours, M.Darnaud, qui s'était occupé de rechercher des mines de houille dans les environs du Mont d'or, entreprit de poursuivre ses explorations plus au nord; il était seul avec trois Kanaks dans un petit bateau et descendait à terre tous les jours pour visiter le pays. Ce malheureux n'alla pas bien loin car, dans la baie où nous étions mouillés, les naturels le massacrèrent ainsi que ses trois compagnons, firent un festin de leurs corps et pillèrent le bateau."

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