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Journal de marche (page 5)


Le passage qui suit est l'un de ceux où apparaissent des préoccupations morales vis à vis d'hommes qu'il découvre et s'efforce d'estimer. Regard moderne et humain qui s'interroge : "Mais c'est ici que se pose le problème ethnographique dont je vais parler sur-le-champ. Comment se fait-il qu'au milieu d'un pays aussi riche, la population indigène décroisse tous les jours? A Poëbo, la mortalité est effrayante comme on peut en juger par les chiffres suivants : En 1856 cette tribu comptait quinze cent habitants ; en 1864, au moment de mon passage il n'y en avait pas plus de sept à huit cent. Pendant le cours de l'année qui venait de s'écouler il y avait eu 150 décès et seulement 50 naissances. Comme expliquer ce phénomène bizarre qui fait que l'apparition des blancs dans une tribune coïncide toujours avec un rapide décroissement de la population indigène ? Cela est patent et palpable : partout où nous passons, l'indigène dépérit et meurt. Je ne connais pas certes exactement la cause de cette mortalité. Mais je suis convaincu qu'on pourrait l'éviter si l'on voulait s'intéresser davantage à cette race d'hommes. Elle en vaut la peine, je le dis hardiment.

J'ai trouvé plusieurs européens pensant comme moi mais, je l'avoue, le plus grand nombre d'entre est sans pitié pour elle. Ils fondent leur insensibilité à l'égard de ces créatures intelligentes sur ce qu'elles sont cannibales... Les européens, aussitôt arrivés, ont introduit avec succès tabac, gin et brandy, le tabac surtout, c'est la première passion des canaques mâles ou femelles : l'enfant court à peine qu'il commence à fumer dans une pipe grossière un tabac spécial en tablette, humide, de mauvaise qualité, souvent tellement fort qu'il rendrait malade nos fumeurs les plus déterminés. Eh bien, quoi que tout le monde attribue à ce tabac la plus grande part dans le développement des maladies des canaques, je n'ai vu encore personne dans la colonie s'en préoccuper ; tout le monde au contraire paie leurs services avec ce poison. Il serait bon que l'administration ne permit la vente du tabac qu'après examen etc. Viennent ensuite des affections, des virus morbides dont nous possédons des antidotes éprouvés et que notre constitution supporte ordinairement mieux que celle de ces pauvres sauvages." Il est très préoccupé par le problème de l'anthropophagie, se le fait décrire et cherche une explication.

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