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Journal de marche (page 8)


C'est là le regard d'un ethnologue d'autant plus que, dans d'autres parties de ce"Journal de voyage", apparaît une description des caractères physiques de ces hommes et femmes kanaks, leurs traits, leurs aptitudes remarquables à la pêche, à la chasse, au combat et la comparaison avec les aborigènes d'Australie ; on ne trouve pas de concession aux préjugés coloniaux ou au goût d'exotisme de l'époque dans ce regard moderne. Ailleurs, ce sont des pages d'un naturaliste décrivant les holothuries, le dugong, énorme animal marin, le pigeon notou, les espèces végétales endémiques, notations d'un voyageur lucide entièrement disponible à l'événement qui dessine, photographie, témoigne. Il est intéressant de comparer cette relation de voyage en particulier avec le "Deuxième voyage du Capitaine Cook", le compte rendu de d'Urville Celui du Commandant Ulysse de la Hautière sur l'aviso Coëtloguen ou même "L'Évadé "de Victor Henri de Rochefort. On verrait à quel point le ton diffère. Au lecteur de le faire ou d'accéder à d'autres ouvrages de Jules Garnier.

Le but principal de cette mission en Nouvelle Calédonie était la géologie de l'île et la recherche des mines. Il y était bien préparé pour avoir passé deux années précédant son voyage comme Ingénieur dans les usines des "Aciéries de la marine et des chemins de fer" et avoir procédé pendant 3 mois à une étude géologique en Sardaigne en 1862. Il rentre en France en 1867 accueilli chaleureusement au Ministère de la Marine et reçoit la Légion d'honneur à peine âgé de 28 ans. Il se met aussitôt au travail en :

     1. publiant, en particulier à la Société de Géographie dont il deviendra secrétaire, un" Éssai sur la géologie et les ressources minières de la Nouvelle Calédonie" une carte géologique et l'équivalant sur "L'Océanie et les îles Tahiti et Rapa" où il avait fait un arrêt au retour.

     2. en essayant de faire admettre aux métallurgistes l'intérêt de l'utilisation du nickel dans l'industrie métallurgique, ce qui ne fut pas, nous allons le voir la partie la plus aisée.

     3. en mettant au point l'extraction du nickel à partir du minerai brut et en installant une fonderie à Nouméa en 1877 puis, plus tard à Septèmes en 1880.

Sur chacun de ces points il est important de le laisser s'exprimer lui-même "De 1863 à 1867, j'eus à parcourir la Nouvelle Calédonie comme géologue et je rencontrais souvent dans mes excursions, surtout dans le sud est et l'est de l'île des amas de roches vertes qui attiraient beaucoup mon attention. En chimie, le nickel est caractérisé par des précipités vert pomme. Aussi la couleur de ces roches m'y fit soupçonner la présence du nickel d'autant plus que je m'étais assuré que cette coloration n'était pas due au cuivre.

Je rapportais en France un certain nombre de spécimens de cette roche verte et les savants auxquels je les présentais : Monsieur Jannetaz qui m'aidait dans le classement de mes collections et Terreil, chimiste au Muséum ne tardèrent pas à m'assurer que j'avais découvert un véritable minerai de nickel absolument nouveau par sa nature et son abondance. Alors que j'étais encore en Nouvelle Calédonie, j'avais fait parvenir également au professeur américain Danan, minéralogiste célèbre quelques échantillons de ce curieux minéral; il voulut bien l'étudier de très près. Ces études l'amenèrent à constater que c'était là des hydrosilicates du nickel et de magnésie, à composition définie mais plus ou moins mélangés d'une gangue ferrugineuse et siliceuse.

Le minerai était nouveau. Dana en publia la description dans sa cinquième édition de minéralogie et voulut bien donner mon nom à ce minerai, il l'appela garniérite. On ne possédait pas à ce moment là les procédés perfectionnés d'aujourd'hui pour les essais des métaux, mais les ingénieurs, les contremaîtres et les ouvriers savaient très bien reconnaître en frappant un métal sur l'enclume quelles étaient ses qualités. C'est ainsi que je reconnus immédiatement que la présence de nickel donnait au fer une résistance bien plus grande... Je m'empressai donc de publier mes résultats et dans un de mes écrits datés du quinze février 1876, je disais : "Le nickel peut donner au fer de la dureté, le rend inoxydable et ne nuit pas à sa malléabilité. Je me réserve donc expressément l'emploi des fontes de fer, fers, fers fondus et aciers alliés d'une petite proportion de nickel. Je revendique expressément toutes ces applications du nickel à la métallurgie du fer, soit qu'on l'emploie en creuset, au Bessemer ou sur les soles des fours à réverbère."

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