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Journal de marche (page 9)


Il fallut, pour qu'on s'occupa de ce minerai nouveau la crise qui affecta le minerai nickel vers 1874 et le rendit un moment introuvable. Les anglais, manquant de leurs minerais sulfurés ordinaires furent donc les premiers à demander notre minerai oxydé calédonien qu'il suffit, peut-on dire, de quelques coups de pioche pour leur livrer en quantité dépassant bientôt leurs besoins. La spéculation s'en mêlant, des stocks énormes se dirigèrent sur l'Europe et s'y accumulèrent invendus.

Pour augmenter le désarroi les industriels anglais affectèrent de considérer ce minerai comme difficile à réduire. Il était impossible de les démentir car ils avaient eu le bon esprit de tenir secrètes leurs méthodes métallurgiques et, grâce à cette précaution, ils jouissaient d'un monopole qui les enrichissait.

Malgré cette absence complète de données techniques j'eus, je puis le dire aujourd'hui, le courage de chercher par moi-même un moyen d'extraire le métal de sa gangue et, chose curieuse une des premières expériences que je fis fût précisément celle dont les résultats ouvraient les plus grands horizons et classait le métal nickel parmi les métaux les plus utiles alors que, jusqu'à ce moment, sa nécessité était même discutable.


Toutefois cet enthousiasme n'eut guère d'écho parmi les spécialistes qui n'accueillirent que très à la longue mes assertions quand ils ne les combattirent pas a priori. Mais les esprits étaient néanmoins préparés et vers 1870 les aciéries du monde entier se mirent à fabriquer l'acier au nickel. Je me souviens qu'à cette époque, appelé aux Etats Unis par les propriétaires d'une mine de nickel, ils ne purent s'empêcher de me témoigner leur surprise qu'après mes écrits si nets de 1876 sur la supériorité des alliages d'acier et de nickel, aussi bien que d'après les échantillons moulés, forgés ou laminés que j'avais exposés et qui m'avaient valu les plus hautes récompenses, l'Europe eut attendu de si nombreuses années avant d'appliquer cette invention qui devait révolutionner l'industrie de l'acier. Je n 'hésitais pas à conseiller aux industriels de la colonie de construire un fourneau de grande dimension dans le pays même et je fournis une bonne partie des fonds nécessaires ; j'expédiais de Bordeaux (1876) sur deux navires tous les éléments de cette fonderie pendant qu'un ingénieur et deux contremaîtres partaient par voie rapide préparer le terrain de sorte que le 10 décembre 1877, le fourneau était mis à feu et la première coulée de ferronickel faite en présence du gouverneur, des officiers et de la population de Nouméa. Grâce à cet effort, l'industrie du nickel devenait française... Je me permettrai même de rappeler qu'un propriétaire de mines de la colonie ne me cacha pas que, sans cette fonderie, que lui et ses amis étaient ruinées et obligés de livrer leurs stocks de minerai aux Anglais au prix du fret..."


Y aurait-il quelque chose à redire, surtout dans ces circonstances et les suivantes, à être patriote sans aveuglement ni excès ? Le 15 juillet 1870 la guerre était officiellement déclarée à la Prusse.

Jules Garnier y prit une part active à la tête d'un bataillon de volontaires qu'il recruta parmi ses collègues ingénieurs des mines et les mineurs. De cette période de sa vie il va être question maintenant.

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