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Prospection (page 3)


Lors de son voyage de retour en France JJ Garnier fait un séjour assez prolongé à Tahiti et ceci lui permet d'en étudier la constitution géologique. Dans ce but il fait le tour de l'île, remonte les principales vallées et recueille sur sa route des échantillons et des notes. En France, sa collection est déposée à l'exposition permanente de la marine et des colonies. De plus il établit une carte et des coupes de la géologie de Tahiti et de ses dépendances. L'étude géologique de ces territoires avait été négligée mis à part l'aperçu qu'avait rédigé le savant américain Dana à la suite d'une grande expédition entreprise dans l'océan Pacifique sous les auspices du gouvernement des États-Unis.

Nous ne donnerons que quelques échantillons des remarques qu'il fit au cours de ses périlleuses expéditions : " L'île de Tahiti entière est due à une série d'éruptions volcaniques qui ont eu lieu à des époques différentes et parfois très éloignées les unes des autres ce que l'on constate facilement soit par les natures diverses des roches éruptives soit par les dénudations qu'ont eu le temps de subir d'anciennes couches avant d'être couvertes par de nouvelles soit enfin par la superposition des coulées plus jeunes sur les plus anciennes... le basalte commun semble plus abondant sur cette presqu'île de Ririi que sur les autres et ses débris y jonchent souvent les rivages ; dans ces parages, les sables sont aussi fort riches en fer oxydulé et en fer titané ; le premier, en cristaux octaédriques, fait étinceler le sol sous la lumière du soleil.

On rencontre le même sable dans d'autres districts de l'île... C'est Vancouver qui découvrit l'île Rapa en 1791 mais, pas plus que les visiteurs qui lui succédèrent il ne donne de renseignements sur la constitution géologique de cette île et l'on serait probablement demeuré longtemps sans en rien avoir si un des indigènes qui l'habitent arrivant à Tahiti en 1867, n'eût informé le représentant du gouvernement français dans cette île qu'il existait des gisements de houille à Rapa...

On fit détourner le ruisseau et dégager la couche sur toute son épaisseur et sur une largeur de 5 à 6 m : la couche à une épaisseur de deux mètres à deux mètres cinquante, sa direction est N, 40 degrés E, elle est inclinée de 15 degrés du sud-est ou nord-ouest ; elle repose directement sur un filon de basalte ; elle est en lits irréguliers mélangés de veines et de blocs d'argile, elle est recouverte par un talus d'éboulement entièrement formé d'argiles diversement colorées... Le lignite extrait de cette couche se présentait en masses compactes, à texture feuilletée, sans traces de végétaux ; sa cassure était esquilleuse, terne, de couleur noir grisâtre. La compacité de ce combustible était variable ; à la forge il brûlait comme le charbon de bois et pouvait donner assez de chaleur pour le soudage du fer bien qu'il fallut un temps assez long pour que le fer ait la chaude qui lui est nécessaire pour le soudage… "

Dans un autre ouvrage intitulé :" Excursion autour de l'île de Tahiti", JJ Garnier raconte l'exploration d'une curieuse galerie souterraine dans le district de Haapape. Il s'agit d'une grotte s'ouvrant au jour dans un mur vertical de laves, scories et cendres superposées. Il y parvint en se hissant à la force des bras le long d'une forte liane qu'un de ses guides était allé attacher au tronc d'un petit arbre qui poussait au-dessus de l'entrée : c'était la bouche à feu d'un volcan éteint. Sa galerie, profonde de plus de 200 mètres étaient d'une largeur maximale de 1 m 20. Le récit se termine par la visite à la reine Pomarée IV et sur le regret que des études ethnographiques, linguistiques de ces régions n'aient pas encore retenu l'attention des nations européennes. À la Société des Ingénieurs Civils, il présente successivement en 1891,1896 et 1900 trois mémoires reprenant ses observations de prospection minière dédiées respectivement aux Mines de Nickel Cuivre et Platine du District de Sudbury (Canada), à l'Or et au Diamant au Transvaal et au Cap, et à L'Australie Occidentale, ce dernier avec la collaboration de son fils aîné, Pascal, Ingénieur civil, Explorateur, décédé à Coolgardie (Australie) de la fièvre typhoïde en 1898 à l'âge de 26 ans.
 

Cependant nous commencerons chronologiquement par : " Excursion au pays des Cosaques du Don " Le récit date de 1882. Il est consigné au Tome III du Bulletin de la Société de Géographie. Voici quelques extraits significatifs: " … La partie du territoire des Cosaques du Don que j'ai particulièrement visitée à la fin de l'année 1881 est la partie connue sous le nom de Donetz qui renferme des couches de houille exploitées depuis quelques années avec une activité de plus en plus grande. Ce riche bassin houiller fait partie de l'immense plaine qui s'étend depuis le fleuve Oural jusqu'à l'embouchure du Danube et que bornent au sud les montagnes du Caucase et de la Crimée….

C'est sous le règne de Pierre le Grand que la houille fut découverte et la tradition rapporte que ce prince attacha beaucoup d'importance à ces mines dont il prévoyait l'avenir…le bassin comporte des terrains cristallins, carbonifères, permiens, jurassiques, crétacés, tertiaires et alluvionnaires. Plusieurs métaux tels que le fer, le cuivre, le plomb argentifère…se rencontrent dans ces divers terrains. Malgré l'abondance et la bonne qualité des houilles qui ne le cèdent en rien aux meilleures comme j'ai pu le constater par l'expérience et l'analyse, les richesses commencent à peine à être mises en exploitation sérieuse… pendant que les voies ferrées s'établissent avec rapidité, les houillères se mettent chaque jour à un bon niveau industriel ainsi que j'ai pu le constater partout et principalement aux mines de Makeeva, à celles de la Société Minière et Industrielle de Pares dont le directeur, M. Baer, ingénieur français, m'a réservé un excellent accueil. "

Il se préoccupe de savoir comment transporter le minerai, comment l'évacuer par mer, quel peut être le moindre coût, le volume extrait, exporté, la concurrence anglaise et comment résoudre au mieux les problèmes de la main d'œuvre, de son alimentation compte tenu de la production agricole contrariée par le climat, les nuisances, les dégâts causés par les hannetons en particulier, etc. " … les travaux pénibles auxquels ils se livrent, les intempéries de ce rude climat, les longs jeûnes en cas de disette ont fait du Russe un être puissant au physique mais résigné au moral et cela d'autant plus qu'il est d'une ignorance profonde ; mais qu'on ne s'y trompe pas, il y a un ressort énorme dans ce peuple vierge de toute civilisation ; sous l'influence d'une idée, son fanatisme le rendrait redoutable même aux puissances qui s'apprécient le plus sur la méthode, la science et tous les progrès du jour… ainsi, conseillerais-je à mes jeunes compatriotes de ne pas se laisser rebuter par le climat ou la langue de cette vaste contrée où il y a tant à faire ; notre seule qualité de Français nous réserve un bon accueil et nous pouvons apporter notre concours sans éveiller aucune susceptibilité chez les patriotes russes ! "

Voilà une remarque qui, pour peu que l'on ait voyagé plusieurs fois en Russie, paraît bien lucide et vérifiée mais sonne aussi comme une sorte de prémonition: On se souvient à quel point les deux derniers Romanoff se désintéressaient de leurs sujets, surtout le Tsar régnant à cette date de 1882, Alexandre III, qui instituait des postes de 'chefs ruraux' et accélérait les contre-réformes. Je pense encore à la phrase du Livre IV des Odes d'Horace choisie au début de ce livre : "Est animus tibi rerumque prudens et secundis temporibus dubiisque rectus " : Tu possèdes une âme connaissant les choses, allant droit, dans les temps favorables et dans les difficiles."

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