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Prospection (page 4)


Chargé d'une étude du nouveau district minier de Sudbury, au Canada, il 'prévoit l'avenir réservé à ce district', il recueille des notes tout en empruntant des documents précieux à la notice que venait de publier à ce sujet le Dr R.Bell, directeur adjoint du 'Geological Survey of Canada' et au rapport adressé au gouvernement des États Unis, à la date du 14 octobre 1890, par deux experts délégués à cet effet. Voici ce qu'il écrit : " Quoi qu'il en soit, il est intéressant de comparer les formations nikélifères de Sudbury à celles de Nouvelle Calédonie et cette visite que je viens de faire aux mines du Canada me ferait revenir de ma première impression qui fut que les minerais oxydés de la Nouvelle-Calédonie s'étaient précipités d'une dissolution dans les fentes et pores des roches magnésiennes nikélifères, soit que l'oxyde de nickel vint par exsudation de la roche magnésienne elle-même soit qu'il dérivât de filons de sulfures changés en sulfates. Il me semble, en effet, aujourd'hui plus logique et plus conforme aux faits d'admettre que le nickel à la Nouvelle-Calédonie est dû à une éruption distincte qui a suivi immédiatement celle des roches magnésiennes déjà un peu nickélifiées elles-mêmes...

Il y a plus de chances à Sudbury pour que, par liquation, une plus grande quantité de minerai soit descendue en profondeur et l'on devra probablement s'attendre dans l'avenir à exploiter le minerai par des puits très profonds, mais, en même temps, l'enrichissement en profondeur ira en progressant... L'étain, le plomb, le zinc ont aussi été rencontrés dans ce district de Sudbury. L'or et le platine commencent à s'y exploiter à 'Vermillon Mine'... Dans la carte que nous donnons du district de Sudbury, nous montrons les possessions de la principale société, la première en date, la 'Canadienne Copper C°' qui a dépensé beaucoup d'argent pour l'étude géologique et pratique du district de Sudbury; elle avait donc le choix des meilleures places. Il est de fait qu'elle possède les meilleures mines actuellement connues... On avait extrait au moment de mon passage plus de 50000 tonnes de minerai ; on extrait et concasse 180 tonnes par jour. Le gisement ne varie pas de richesse et de nature. La teneur en nickel varie de 2 à 15 % et celle du cuivre de 0 à 30 % en moyenne… L'installation comprend une machine d'extraction à vapeur, un broyeur Blake nº 5 etc.." La suite de la monographie, et nous y reviendrons longuement en parlant de la métallurgie, traite de sa conviction concernant la nécessité d'utiliser ce qu'il appelle le ferro-nickel dans l'industrie et c'est l'une des raisons qui lui ont fait déposer 17 brevets français et étrangers.

Bien différentes sont ses préoccupations lorsqu'il se rend au Transvaal et au Cap avec son fils Pascal. Les gisements de l'or et du diamant découverts et exploités dans le sud de l'Afrique lui paraissent différer tellement de ceux qu'il avait visités en Australie et en Amérique qu'il s'appliquait depuis plusieurs années à les étudier pour expliquer ces faits nouveaux en élaborant et développant tout au long des pages une théorie sur le rôle des boues vaseuses, non seulement comme gangue du diamant mais encore comme agent de force mécanique dans la stratigraphie actuelle des couches : " ...Nous avons vu plus haut que la pression exercée sur les bancs de vase déposés sur le fond de granit de l'ancien océan avait pu arriver à 2100 atmosphères ; une pareille pression a bien pu provoquer la transformation du graphite en diamant.

Depuis longtemps, on pense que la pression produite par le refroidissement brusque, c'est à dire la trempe, d'un métal mélangé de carbone transformait celui-ci en diamant, cause de la dureté des aciers… ". En corollaire, il souligne la relation entre la composition de chaque couche et la vitesse des courants d'eau qui l'ont formée : "Cette relation est absolue et on peut dire, comme une loi, que : si l'on divise la largeur d'un cours d'eau en éléments d'égale vitesse, chacun de ces éléments ne déposera le long de son cours que des graviers d'une grosseur donnée." *   Enfin, il se pose la question de savoir quel était le sel d'or en dissolution : …

Dans mes précédentes notes, j'avais déjà avancé que ce sel devait être un trichlorure, lequel est relativement très stable et permet en outre, la formation de chlorures nouveaux dont nous pouvons suivre les évolutions dans la nature. Les êtres organisés ou leurs dépouilles, aussi bien que les matières végétales, se mêlaient à ces eaux contenant l'or en dissolution…". Il recueille l'assentiment des savants de l'époque ou des ingénieurs impliqués dans ces problèmes. Il va sans dire que seuls des géologues ou des métallurgistes peuvent interpréter ou que ce n'est, en aucune façon, notre propos qui serait plutôt de découper le profil du personnage, le suivre dans cette inlassable curiosité, cette quête de solutions raisonnées et efficaces… Pour ce qui est de L'Australie Occidentale, le voyage avait pour but de contrôler des propriétés minières appartenant à une compagnie franco-australienne.

Son fils aîné, Pascal, avait séjourné là bas pendant l'année 1895 et recueilli des notes; une quarantaine de lettres qu'ils échangèrent alors témoignent de cette activité mais voici ce qu'écrit Jules Garnier en tête de ce mémoire dans le bulletin de la Société des ingénieurs civils de France en janvier 1900 : "Mon fils avait déjà fait une rapide étude de ces parages quelques mois auparavant et le genre particulier des formations géologiques qu'on y rencontre me décida à m'y rendre.

Nous étions munis de lettres d'introduction pour quelques personnalités de cette colonie et nous trouvâmes près de M. Gipp Maitland, chef du service des mines de la colonie et géologue distingué, un appui précieux car il voulut bien nous munir de lettres pour ses différents inspecteurs disséminés sur les districts aurifères que nous devions visiter. Après quelques mois consacrés à une étude sans relâche, je dus rentrer en France me trouvant très affaibli par la fatigue et les privations, laissant mon fils poursuive mon travail. Hélas ! Cette séparation devait être définitive car je recevais peu après mon retour un télégramme n'annonçant que mon malheureux fils venait de succomber emporté par une fièvre attribuée surtout à l'excès des fatigues. Après un semblable malheur, je ne me serais pas cru capable de rassembler mes idées pour écrire ce petit mémoire, mais, plus tard j'y ai vu comme un devoir. D'ailleurs dans la conférence qu'il vous fit ici à la veille de notre départ (février 1898) il avait promis de vous communiquer nos observations dès sons retour ; cette promesse, jointe aux témoignages de sympathie que j'ai été si heureux de rencontrer dans le sein de la Société m'ont encouragé à rédiger les mémoires ci-dessous."

* Voir La Nature, 17 novembre 1894 : Théorie de la formation aurifère du Witwatresrand par M. Jules Garnier.
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