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Prospection (page 5)


En 1898, l'Australie Orientale et Centrale avaient été étudiées depuis de nombreuses années avec soin on y pénétrait avec une certaine facilité. Très différente était l'Australie Occidentale où la stérilité complète du sol en eau et en pâturages semblait une barrière presque infranchissable à l'homme : Dans une lettre qu'il envoie à son épouse, le 1er avril de cette année-là, Coolgardie, J. J. Garnier écrit  "…Nous voilà ici ! Mon premier cri a été : quel horrible pays ! Imaginez-vous une série de huttes de toutes formes bâtie sur une terre aussi une nue que la main, et couverte d'un demi-pied d'une poussière rouge si fine qu'elle s'élève au moindre mouvement de l'air ou autre : un ciel pur et un soleil impossible illuminent cette horreur : on dirait un autre astre que la terre et c'est ainsi qu'on se représente les planètes sans atmosphère. Les Afghans(!) avec leurs turbans, leur files de chameaux vont dans toutes les directions approvisionner les mines. Le sol est fouillé, chargé de puits, de réservoirs d'eau, de distillatrices. Tout est hors de prix "... " Nous avions déjà eu l'occasion de nous occuper de la géologie de ces parages lorsque nous arrivâmes pour la première fois en 1863. Nos études portèrent alors sur les relations pouvant exister entre l'Australie et la Nouvelle-Calédonie où nous devions séjourner…

Avant d'aborder la question des mines de l'Australie Occidentale nous donnerons quelques détails sur ce curieux pays qui est quatre fois plus étendu que la France. Les contours de ses côtes ont 6000 kms de longueur soit le septième du contour de la terre. On peut résumer la valeur du centre de cette immense surface au point de vue agricultural en disant que tous les chemins de fer dont on la sillonne actuellement pour le service de ses mines, aussi bien que les villes que l'on y élève pour la résidence des gens sont destinés à revenir à la solitude la plus complète du jour où les mines sont épuisées. L'existence est donc ici toute d'artifice puisque, par suite de l'absence d'eau et à cause de l'extrême chaleur, aucune culture n'est possible, qu'aucun animal domestique ne peut trouver à y vivre ; c'est grâce à l'introduction des dromadaires de l'Afghanistan qui peuvent résister sept jours au manque d'eau et se nourrir d'un arbuste aux feuilles salées assez commun que l'on a pu explorer ce pays, d'abord, puis y construire des stations d'eau et enfin des chemins de fer.

Chaque dromadaire porte jusqu'à 5O0 kgs de marchandises, fait 30kms par jour et broute la nuit autour du camp la feuille salée du 'camel food', petit arbuste auquel les chercheurs d'or ont donné ce nom. Les pluies sont les régulateurs de la végétation. Près des côtes, il tombe environ 0,75 cms d'eau par an et progressivement, à mesure qu'on avance vers l'intérieur, elles atteignent 0,20cms par an…la bicyclette joue un rôle extraordinaire ici où elle peut rouler facilement sur le sol sec et assez dur ; elle se faufile aisément entre les végétaux et on a très rarement à mettre le pied à terre. décida à m'y rendre. Certains prospecteurs ne craignent pas de partir à la découverte sur ce fragile appareil et de pénétrer jusqu'à des centaines de kilomètres dans l'inconnu, portant une petite provision de vivres et surtout de l'eau dans le fameux 'water bag' ou sac à eau, fait de toile à peine perméable, où l'eau reste d'une grande fraîcheur par suite de l'évaporation constante et légère par les parois. S'il arrive un accident grave à la machine, le retour est problématique et une mort épouvantable attend le malheureux…

Les voies tracées entre les différents centres l'ont été d'abord par le pied des chameaux qui, marchant à la file, forment une excellente piste pour la bicyclette; ces voies se détournent plus ou moins de la ligne droite pour passer dans des dépressions de terrain où les eaux de pluie s'accumulent sous le sol perméable : c'est là que le gouvernement ou les particuliers installent des puits qui atteignent et dépassent 50 mètres de profondeur pour se procurer une eau qui contient en dissolution jusqu'à 10 % de sels divers. Le prix de vente que l'eau pure est variable suivant l'état de sécheresse de la saison. Le combustible est le bois de l'éternelle forêt que chacun peut prendre à sa guise ; aussi chaque campement est éclairé tous les soirs par de véritables bûchers mais la raréfaction du bois ne se fait véritablement sentir qu'au voisinage des stations de chemins de fer et des centres un peu importants.

L 'eau des rares pluies suit des mouvements divers sur lesquelles nous reviendrons au sujet de la géologie à laquelle cette question se rattache mais on peut dire que la seule eau vraiment potable est presque toujours celle des pluies recueillies sur les toits de tôle ou bien celle que l'on a distillée". Un grand projet d'amenée d'eau a débuté en 1898 pour une durée de 3ans prévoyant le captage de rivières d'eau douce depuis le pied du 'Mount Helena' où se présente une gorge profonde à parois élevées permettant de faire un barrage de 35m de hauteur et de 200 mètres de largeur. À partir de 1882, date de la découverte de l'or à Kimberly, l'attention des prospecteurs commença à s'éveiller alors que, lorsqu'il avait débarqué en 1863 à King George's-Sound (Albany), ce port n'était alors qu'un camp destiné aux convicts d'Angleterre. Après trente-cinq années il ne retrouva plus aucune trace de la tribu indigène avec laquelle il avait chassé et couru le pays. Le développement considérable auquel il assista lors du séjour dont nous parlons date de 1892... "époque où Bailey découvrit un véritable placer à l'endroit où s'élève aujourd'hui la ville de Coolgardie".

La mine découverte par Bailey était un amas de quartz tellement riche qu'il put en extraire en peu de mois pour 7 250 000 F d'or sans compter, m'a-t-on dit, ce qui lui fut dérobé. Les récits des premières découvertes nous auraient paru incroyables s'il ne nous avaient été maintes fois confirmés par des pionniers de la première heure. L'or natif en grains plus ou moins gros était dispersé sur le sol, mélangé à un sable fin et ferrugineux ; on le triait à la main avec des cribles ou des appareils portatifs dans lesquelles un soufflet chassait les sables et laissait l'or ; ces hommes jeunes et très vigoureux mourraient cependant comme des mouches faute d'eau et de vivres convenables ; un de ces premiers pionniers me racontait qu'il était revenu seul d'une troupe de dix mais avec une fortune en poudre d'or. "

Presque toute cette monographie de 44 pages accompagnée de cartes et de schémas traite de la géologie et des différentes mines installées dans cette région Ouest de l'Australie. Elles comportent l'exposé de théories sur la formation et la nature des roches présentes mais aussi la description des travaux effectués et de ceux en cours. Jules Garnier conclue ainsi :
"En présence de l'étendue considérable des terrains anciens reconnus en Australie occidentale et semblables pétrologiquement à ceux dont nous avons parlé, il n'est pas douteux que des mines nouvelles nombreuses et très riches sont encore à découvrir. Ici, les mines sont mieux cachées qu'au Transvaal, par exemple, où les couches aurifères très quartzeuses se signalent généralement en saillies au-dessus du niveau des plaines et s'aperçoivent même de loin : cachées ici par la couche de sable alluvionnaire, les lodes ne sont mis à jour que par des tranchées tracées souvent au hasard. Il en est de même des placers souterrains. Ils font donc s'attendre à ce que ce pays, si déshérité sur d'autres points devienne une des plus inépuisables sources d'or du monde entier. Bien plus, selon nous, on doit encore s'attendre à recouper ici en profondeur la classe des métaux qui se confine dans ce genre de terrains anciens tels que l'étain et son groupe ; ce seront là pour l'avenir, de nouvelles richesses...".

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