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Volontaires 1870 (page 3)


L'organisation avait marché rapidement. Nous ne prenions d'ailleurs que des ouvriers jeunes robustes, d'aspect résolu et munis de bons certificats c'étaient principalement des mineurs ou charpentier de mines, tous gens alertes, le vigoureux, décidés, habitués à voir souvent la mort en face et à lutter avec elle. Dans le cours de ma vie, j'ai vu beaucoup de ces classes d'hommes qu'on appelle mineurs et marins et l'on peut dire quelles sont liées par de nombreux traits de ressemblance : même bravoure, même naïveté même dévouement ; quant aux qualités physiques même tempérament sobre, sachant braver les fatigues des climats et des travaux. Je devais d'abord créer quatre compagnies mais comme les événements se précipitaient je décidai que nous entrerions en campagne aussitôt que deux compagnies seulement seraient formées.. Outre mon second dont j'ai parlé, mes autres officiers étaient tous aussi des ingénieurs habitués à conduire les hommes des mines et des usines.

Quant à mes sous officiers c'étaient encore des sous-ingénieurs ou contremaîtres de travaux. C'est là une classe que l'on n'a pas assez mise en évidence et à profit pendant laquelle; ces jeunes gens formaient cependant le meilleur cadre d'officiers que l'on pût trouver alors dans l'élément civil, soit pour les armes spéciales, soit pour montrer à leurs collègues comment on parle aux hommes pour les faire obéir et obéir de bonne humeur. Malheureusement hélas, on a, au contraire, trop souvent préféré à ces sujets déjà formés, des gens de bureau, de plume ou des oisifs qui, choisis dans les rangs de la classe bourgeoise, avaient encore tous les défauts de l'éducation bourgeoise : amour et habitude du bien-être physique, dédain des honneurs militaires et, ce qui est pire encore, indifférence ou scepticisme pour les sentiments patriotiques...

Les récits de cette campagne sont semés de notes critiques concernant l'incompétence des généraux, l'impréparation, l'opposition Paris-Province et l'implication politique néfaste de tel ou tel personnage et surtout la façon dont on aurait pu éviter les désastres militaires et humains qui furent à déplorer. Je vais en donner des exemples ponctuels extraits de l'ouvrage. On retrouve ce type de commentaires dans les manuels et les ouvrages historiques actuels. Mac-Mahon, à peine réorganisé essaya d'opérer une jonction avec l'armée de Metz ; il prit l'offensive avec une troupe découragée dont la défaite augmentait l'indiscipline ; c'est dans ces conditions que ce général vint se placer entre le marteau et l'enclume ; chaque pas qu'il faisait en avant le rapprochait d'un désastre évident.

Les Prussiens, de leur coté, perdirent alors un avantage énorme car, s'ils eussent pris le chemin de Paris à la suite de nos fuyards, il est à présumer que, dans l'état de découragement et de désorganisation où ils auraient trouvé la capitale, ils y seraient entrés sans coup férir. Mais cette faute immense des généraux prussiens fût en quelque sorte réparée par le plan qu'adoptait Mac-Mahon d'opérer sa jonction avec Bazaine. Le chef de l'armée de Chalons devait savoir que le Prince Royal marchait sur lui avec des forces imposantes, qu'il n'était, en outre que l'immense avant garde d'une série de colonnes qui s'échelonnait jusqu'aux chaînes des Vosges, occupant les routes principales. Un général de l'expérience de Mac-Mahon pouvait-il supposer qu'une armée improvisée comme l'était la sienne fût jamais capable d'exécuter les marches extraordinaires que la nécessité de son plan exigeait impérieusement ?

Ce projet parut tellement insensé de la part d'un homme de guerre réputé qu'on a supposé, avec raison peut-être, qu'il avait été imposé par Napoléon III qui, sans doute, préférait tous les désastres à l'idée de se replier sur Paris ce qu'il paraissait craindre plus alors que les troupes du Prince Royal. "S'il en est ainsi, à quel degré de bassesse était tombé ce souverain… (l'influence de la politique sur cette marche du général Mac-Mahon semble aujourd'hui démontrée) Ailleurs : Il ne m'appartient pas sans doute de critiquer un général qui avait montré des preuves de capacité mais il est permis de dire que, dans ces circonstances, (siège de Paris) le général Trochu ne fût point animé de cette flamme patriotique qui dévore tous les obstacles et place l'esprit au dessus de toutes les difficultés : sa devise ne fût pas ce qu'elle devait être : "sauver le pays ou la mort" Ah, s'il avait eu au service de cette noble cause l'énergie sauvage de certains chefs de la Commune elle-même ! "

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