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Volontaires 1870 (page 4)


On se souvient que les décisions prises par la commission de l'armement à Tours, le 22 octobre l'avaient été avec une grande célérité. Il a fallu attendre le 17 novembre pour obtenir des ordres et des instructions précises qui se sont révélés divergents et certains intendants ou officier supérieur ont fait en sorte de retarder ou contrarier une action urgente-qu'on appellerait aujourd'hui de commando-. Pendant ce temps, les volontaires recrutés, divisés en escouade, s'exerçaient à monter le long des poteaux télégraphiques à plusieurs et, en moins d'une minute à couper fils ou appareils spéciaux sans qu'on puisse le voir au pied du poteau. D'autres plaçaient des torpilles invisibles sous les rails ou encore à enlever toute stabilité aux voies ou à manœuvrer "nos machines électriques spéciales."

Depuis Tours, les télégrammes de réponse laissaient à J. Garnier toute initiative dans la partie engagée entre l'armée de la Loire et les envahisseurs : "Nous jugeâmes que nous pouvions être utiles dans cette lutte suprême et nous primes, le 3 décembre, la direction des champs de bataille. La neige tombait à flots, une brise du nord qui avait fait descendre le thermomètre à plusieurs degrés au-dessous de zéro, étaient les préludes du rigoureux hiver que nous allions affronter ; cependant, mes volontaires chantaient suivant une coutume qu'on ne saurait faire disparaître chez nous, pendant qu'ils suivaient le chemin qui mène à la gare de Vierzon." Ils n'arrivèrent à Tours que dans la nuit du5 décembre tant les voies étaient encombrées pour y apprendre la série de désastres subis dont l'évacuation d'Orléans et même la menace d'encerclement de Tours d'où partait en hâte le personnel des ministères avec leur famille et "les cages à serein garnies" (sic). N'ayant pu retrouver à la gare poudres et instruments, il fallut en faire venir d'autres de Saint Étienne.

La première émotion produite par les désastres inattendus de l'armée de la Loire s'étant un peu calmée, je reçus l'ordre confidentiel d'aller faire sauter le tunnel de Foug, dans la Meurthe, à 30 km environ à l'ouest de Nancy et à 8 km à l'ouest de Toul. Ce souterrain est une des clés de la ligne de Strasbourg à Paris ; si l'on parvenait le dégrader suffisamment pour empêcher les trains d'y circuler pendant un mois, c'était d'une importance capitale puisque l'on gênait ou arrêtait l'arrivée des troupes, matériel, ravitaillement etc. qui y passaient alors constamment dans la direction de Paris.

D'après les renseignements qui me furent donnés ce souterrain a 800 m de longueur ; il est creusé dans les marnes et bancs en argileux de l'Oxford-clay; il est revêtu intérieurement d'une maçonnerie et les puits d'aérage sont espacés de 50 m environ. Mon but était, avec la poudre puissante dont je disposais - et qui agit très bien à l'air libre libre, c'est-à-dire lorsqu'elle est simplement placée sur l'objet à briser - de faire descendre au moyen d'un câble et le long d'un des puits du tunnel 500 kg de cette poudre (équivalant à peu près à 4000 kilogrammes de poudre ordinaire. Cette énorme torpille, aussitôt arrivée près de la jonction de la partie inférieure du puits et de l'intrados du tunnel serait enflammé électriquement et produirait à coup sûr un dégât énorme ébranlant d'ailleurs les maçonneries à une grande distance ce qui exigerait de longues réparations. Pour arriver à Foug, nous devions nous rendre d'abord à Nevers par voie ferrée; de là, gagner la ville de Langres en nous glissant entre Châtillon sur Seine et Dijon à travers les lignes ennemies...

Je dois dire que je reçus pour mes volontaires de la part d'hommes de métier de nombreux compliments. Comme nous avions été équipés par le département de la guerre, j'avais choisi l'uniforme très commode en campagne du fantassin de ligne ; le képi du génie et une double bande noire sur le pantalon rouge les différenciaient seuls de ce dernier. Ils portaient en outre, suspendue autour du cou par lacet de cuir, une pelle d'acier d'un millimètre et demi d'épaisseur qui pesait environ 1 livre et se trouvait à l'épreuve de la balle. Le manche de cette pelle était fixé sur le sac et servait de piquet de tente. Ils pouvaient en un instant enlever cette pelle l'emmancher et s'en servit ; je les avais exercés ainsi que cela fut pratiqué avec succès par les guérillas américaines à faire rapidement pour s'abriter un trou dans le sol; la terre qui en provenait étant encore placée du côté de l'ennemi de manière à former un épaulement sur lequel s'appuyait le fusil pour tirer. On verra que cette manœuvre nous fût utile.

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