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Volontaires 1870 (page 6)


N'ayant pu obtenir de mulets de la part de Garibaldi, les hommes étaient très chargés. 28 kms sur des routes défoncées par la pluie les amènent vers 8h du matin à Épinac, au nord est d'Autun.Quelques heures de repos sur de la paille jusqu'à midi et ils repartent cette fois-ci le long de la voie ferrée qui se dirige vers la vallée de l'Ouche : vers Ivry, Bligny-sur-Ouche et Pont-d'Ouche. Les renseignements pris auprès des habitants révèlent qu'il y a non seulement des sentinelles peu espacées le long de la voie mais encore des patrouilles constantes. Pendant ce temps, une bataille féroce se livre à Nuits située à 30 kms à vol d'oiseau à l'est en direction de Dijon. L'ennemi maintenait constamment des troupes en mouvement vers l'est et le nord ouest; le nombre de ces brigades allait de mille à cinq mille hommes.

Suivent les récits : de la sentinelle ivre appartenant aux francs-tireurs d'Oran, de l'incendie d'une des granges du village d'Ivry où dormait, avec poudre et explosifs, la troupe des volontaires-du-génie dans-l'est que nous accompagnons, du vol par un garibaldien d'un revolver et enfin de la bataille de Nuits. Pour aller d'Ivry à Bligny, Pont-d'Ouche puis Vandenesse, la troupe suit un itinéraire particulier qui leur est indiqué par les maires et les guides du pays mais écoutons comment se fait l'approche vers Sombernon dans la nuit du 21 décembre 1870 :

"À 10 heures du soir nous quittâmes Vandenesses, suivant la route sinueuse et aux pentes souvent rapides qui conduit à Sombernon (12 km) ; une avant-garde nous éclairait et nous marchions lentement sur deux files, l'une à droite, l'autre à gauche de la route; les hommes étaient encore suffisamment espacés les uns des autres pour qu'une surprise ne nous coûtât pas trop de monde dès les premières décharges. À partir des villages de Montoillot et d'Échenay surtout, la route était dominée par des flancs abrupts et à pic où une embuscade pouvait facilement trouver un refuge et nous envoyer à coup sur une grêle de balles.

Nous ne rencontrâmes cependant aucun obstacle jusqu'à Sombernon où nous arrivâmes à 3 heures du matin. Les 900 habitants de ce chef lieu de canton étaient naturellement plongés dans un paisible sommeil et nous dûmes les éveiller pour obtenir des logements. Cette opération ne se passa pas sans que plusieurs incidents se produisissent et l'on vit même des voyageurs couchés dans une petite auberge, croyant à l'arrivée des prussiens sauter hors de leurs chambres dans la rue par les fenêtres d'un premier étage au risque de se rompre les os.

Grâce à sa position naturelle, Sombernon a rarement été visité par les prussiens : Ils ne s'y étaient hasardés que deux ou trois fois et toujours en nombre. Dans leur dernière visite, une compagnie de francs tireurs, embusquée dans les bois qui longent la route par laquelle ils arrivaient, leur avait envoyé une fusillade nourrie presque à bout portant jetant sur le sol en quelques instants une centaine d'hommes ; nous étions bien décidés à imiter nos devanciers si, pendant notre séjour, l'ennemi était signalé.

D'ailleurs d'après le maire de Sombernon : Monsieur de Latreille-Fontette si intelligent si patriote et si serviable il ne venait jamais du côté de Dijon c'est-à-dire de l'est et dans cette direction la vue s'étendait fort loin ; de plus elle était favorisée par l'état de l'atmosphère qui, en dépit pour froid et de la neige, était devenue assez claire. Dans la direction du nord les plateaux sont couverts de forêts que traversent seuls des chemins étroits où l'on ne supposait pas que l'ennemi put s'engager. Sombernon est situé sur un des plateaux culminants de la ligne partage des eaux de l'Océan et de la Méditerranée et à près de 600 m d'altitude. Á l'est sont les gorges au fond desquelles circule, entre de hautes parois à pic, le chemin de fer de Paris à Lyon qui, là, passe du bassin du Rhône dans celui de la Saône par un tunnel de 4.100 m de longueur...

Dès notre arrivée à Sombernon nous dûmes faire bonne garde ; des sentinelles furent postées sur les points les plus culminants et à toutes les issues du bourg ; ainsi que j'en pris dès cette époque la prudente habitude ; personne ne pouvait entrer dans un village que nous occupions ou en sortir sans se faire reconnaître; notre situation exigeait plutôt un excès de surveillance car notre petite troupe était environnée par l'ennemi.

On avait avis d'une colonne de 5000 allemands à Semur dans le nord-ouest, sans parler des troupes qui parcouraient constamment au sud-est la vallée de l'Ouche... Nous avions organisé d'une mairie à l'autre, de village à village, un service d'éclaireurs en règle. Ceux-ci étaient pour la plupart des gardes nationaux dans leur costume de paysan, un bâton à la main ou bien poussant devant eux un attelage trop misérable pour attirer la convoitise de l'ennemi ; ils s'en allaient au village ou à la ville qu'il fallait éclairer.
Là, ils prenaient leurs notes particulières, se faisaient reconnaître aux autorités en leur montrant un billet de leur maire, que, par prudence, on ne timbrait ni ne signait. Ce billet était roulé de façon à occuper le plus petit espace possible et pouvait se cacher aisément. Ces missions, pour lesquelles je trouvais toujours des hommes de bonne volonté n'étaient pas sans danger et une mort obscure presque infamante, celle de l'espion que l'on fusille comme un chien contre le premier mur venu attendait souvent ces hommes dévoués.

Ce qui manquait trop souvent aux francs-tireurs c'était les moyens rapides de transport ; il aurait fallu, quand on venait lui dire (ce qui arrivait à chaque instant) : " 200 prussiens sont à 20 km etc.", il aurait fallu disais-je que, munis d'un excellent cheval, le franc-tireur franchit en une heure et demi les 20 km qui le séparaient de sa proie, laissât sa monture cachée dans quelque point écarté mais à faible distance du village en question et que, redevenu alors le fantassin impétueux et silencieux qui convient aux surprises, il s'élança sur le bourg qui abritait son ennemi. Mais s'il arrive que les forces auxquelles il s'attaque soient secourues ou plus importantes qu'il ne le pensait, le premier coup porté, et avant que l'ennemi étonné aie pu se reconnaître, il a rejoint son cheval qui l'emporte au loin de tous dangers. C'est ainsi que les américains dans leur grande guerre de sécession employèrent plus avantageusement les corps francs. C'est ainsi que j'aurais désiré agir moi-même. Les compagnies de francs tireurs qui ont à leur tête un homme d'une énergie bien reconnue peuvent faire énormément de mal à l'ennemi. Les allemands sont bien de cet avis et ils prononcent le mot francs-tireurs avec plus de terreur que nous ne pourrions croire."

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