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Volontaires 1870 (page 8)


Les dépêches envoyées par JJGarnier et le général Bordonne se croisent le 19 janvier 1871. La première informe de la concentration et du déplacement de fortes troupes prussiennes laissant présager d'une attaque imminente sur Dijon, l'autre demande que soit détruit le pont de Buffon ce qui, confié à une autre compagnie, n'avait pas réussi. "Telle était notre situation lorsque à 9 heures du matin, au moment où chacun de nous s'y attendait le moins, le canon se mit à tonner avec violence contre la ville de Dijon sur laquelle les prussiens ouvraient un feu intense au moyen des batteries qu'ils avaient établies tout à l'aise sur les hauteurs de Hauteville dont ils venaient de s'emparer à peu près sans coup férir... De plus, nos généraux sanctionnaient encore ici une tactique ancienne mais destinée à disparaître qui consiste à se fortifier sur le périmètre même des villes que l'on veut défendre, les exposant ainsi à l'incendie et à la destruction par les projectiles ennemis tandis que, par ailleurs, les habitants effrayés, perdant tout patriotisme, n'encouragent plus les garnisaires à la résistance pourvu même qu'ils ne leur deviennent pas hostiles."

Les attaques sur les arrières ennemies des volontaires auxquels s'étaient joints des éléments de brigades dispersées ne présentant plus d'utilité véritable, ils rentrent dans Dijon à la nuit tombante. En fin de compte, la résistance des assiégés vint à bout des forces ennemies et la défense de Dijon fût un succès militaire puisque trois attaques successives avaient été repoussées. "Pendant les jours qui y suivirent ces attaques... nous reçûmes l'ordre de nous rendre immédiatement dans le nord-ouest de la côte-d'or, à Buffon, pour y détruire le pont de chemin de fer sur l'Armançon. La destruction de ce pont était fort importante, car, étant placé en dessous de la soudure des chemins de fer de l'est et de celui de Paris à Lyon, tout ce que les allemands envoyaient dans nos provinces méridionales occupées soit de l'Allemagne, soit de Paris passait par-là.

En même temps que nous, devait partir de Dijon une autre expédition chargée de faire sauter le pont de Nuit-sous-Ravière situé quelques kilomètres seulement de celui de Buffon.… Les chemins étaient couverts de glace au point que nos mulets eux-mêmes, malgré les clous à glace qu'on leur faisait remettre aussi souvent que possible avaient peine à se tenir; il est vrai que les pauvres animaux était extraordinairement chargés. Ils portaient chacun deux torpilles de 50 kg l'une (équivalant à 600 kg de poudre ordinaire) sans compter divers autres instruments ; mais, plus à plaindre qu'eux étaient peut-être nos muletiers car, outre les longs trajets que nous faisions chaque jour, ils devaient, en arrivant à la grande halte du milieu de la journée ou à la fin de l'étape commencer le déchargement des mulets s'occuper ensuite de les loger, de les panser et enfin de les recharger pour le départ ; ces pauvres gens n'avaient souvent par le temps de dormir et encore moins de manger ; on comprendra mieux encore leurs fatigues quand on verra plus loin les courses extraordinaires auxquels nous dûmes nous livrer pendant cette expédition. Il est vrai que je les avais tous choisis parmi les plus jeunes et les meilleurs de cette race si vigoureuse des voituriers des houillères qui, chaque jour debout à trois heures du matin, ne suspend que le soir à six heures son pénible travail…"

Toute l'opération fût menée avec une extrême prudence, l'ennemi étant sur ses gardes et très vigilant car il était au courant de l'enjeu essentiel de cette voie de communication. La nuit était sans étoiles. Un habitant très sur, confié par le maire, les guidait et deux francs tireurs, déguisés en paysans orientaient la manœuvre par des signaux convenus :

"La campagne couverte des ombres de la nuit, était alors plongée dans un profond silence; les aboiements d'un chien arrivèrent cependant à nos oreilles; ils nous indiquaient que ce gardien vigilant avait éventé nos éclaireurs. Nous ne pouvions tarder à recevoir un signal. Mes hommes étaient divisés en brigades; les uns interrompaient les communications télégraphiques, les autres plaçaient des torpilles sous les rails, enfin le reste s'occupait de la mission principale c'est à dire l'œuvre de destruction du pont lui-même. Un quart d'heure après notre arrivée sur le pont nos torpilles étaient placées, chacun se retira à une certaine distance et je restai avec le lieutenant Caulry pour enflammer les mèches. Un instant après, une explosion formidable retentît ; le bruit s'en répercuta de vallée en vallée comme le fait un des plus violents coups de tonnerre que l'on puisse entendre... les prussiens comprirent de suite de quoi il s'agissait mais ignorant notre nombre ils n'osèrent nous attaquer avant d'avoir réuni leurs forces et surtout avant d'avoir éclairé la situation. Aussi, pendant que nous procédions à la pose de nouvelles torpilles sur seconde arche, nous aperçûmes des lumières qui s'agitaient dans diverses directions : c'était des signaux que se faisaient nos ennemis de village à village. Il n'y avait pas de temps à perdre...

Ma mission était donc terminée et nous ne pensions plus qu'à quitter le département de la Côte d'Or, dans lequel, malgré l'Armistice, l'état de guerre existait encore et où l'ennemi s'était cantonné en grand nombre… " Par le paragraphe qui suit JJGarnier termine le récit d'une courte mais terrible guerre de huit mois. Il s'y montre préoccupé d'informer et d'honorer qui de droit : "J'ai terminé ma tâche ; puisse-t-elle avoir atteint le double but que je me suis proposé :puissé-je avoir apporté quelques documents à celui qui entreprendra un jour le récit détaillé de cette malheureuse période de notre histoire et puissé-je encore rappeler fidèlement dans ces pages, à mes braves officiers et à nos dévoués volontaires, les jours de fatigue et de luttes que nous avons passés ensemble au service de la plus noble des causes, celle du salut de sa patrie envahie ! En relisant les détails des quelques travaux que nous avons accomplis, ils trouveront peut-être moins d'amertume à songer à nos malheurs car ils auront au moins la conscience d'avoir fait tous leurs efforts pour résister aux envahisseurs.

Parmi les facteurs sans lesquels je n'aurais pas prolongé un tel récit sur toutes ces pages il y a ce vécu d'honnêteté, de clairvoyance et ce souci d'efficacité dont je donne un dernier trait intéressant :

"J'ai eu l'occasion de causer depuis la guerre avec des officiers allemands; voici un résumé de leur opinion sur nous que je crois intéressant de donner : " Votre infanterie, me disaient-ils, est excellente et nous a surtout frappés de la plus grande admiration à Wœrth. Les officiers de cette arme sont trop critiqués par leurs compatriotes ; ils sont braves, solides, entraînants et suffisamment instruits pour remplir leurs fonctions; il y a là, pour l'avenir, une redoutable pépinière d'excellents généraux. Quant aux chefs de corps auxquels nous avons eu affaire, nous vous les accordons, ils n'avaient pas même l'instinct d'utiliser l'admirable et irrésistible élan de leurs troupes. Le soir de Gravelotte et le soir de Borny nos généraux étaient déconcertés; une attaque vigoureuse de votre part le lendemain nous aurait trouvés prêts la retraite; loin de là, c'est vous qui prenez ce parti.

Quant à votre cavalerie, nous la trouvâmes peu exercée, assez mal montée, ayant des chevaux habitués à se mouvoir sur le terrain de manœuvre mais non au milieu des obstacles des champs de bataille. Votre artillerie est bien menée mais les accessoires lui font totalement défaut et, pendant qu'après une journée de combat nos caissons vides étaient aussitôt regarnis, nous remarquions presque toujours le contraire chez vous. " Je donne ces appréciations pour ce qu'elles peuvent valoir."

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