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Voyage aller (page 5)


Ensuite, c'est la navigation en mer rouge : "…si elle est l'effroi des passagers à cause de la haute température qu'ils y rencontrent, elle est aussi la terreur des marins à cause des vents qu'ils n'y rencontrent pas… mais si un bateau à vapeur éprouve les tourments que je viens de décrire, ne sont-ils pas peu de chose en comparaison de ceux que les bateaux à voile ont parfois à supporter sur la mer rouge ? Ceux-ci sont en effet complètement à la merci des brises capricieuses et chaudes de ces parages et nous ne cessions de nous trouver heureux lorsque notre vapeur passait auprès de ces malheureux voiliers qui, depuis des semaines peut-être, immobiles sur cette glace bleue et étincelante de la mer, y semblaient incrustés comme dans une masse solide; ces infortunés navires tournaient parfois sur eux-mêmes comme s'ils eussent voulu chercher à l'horizon l'indice de la brise.

Je suis resté plus tard, à mon tour dans cette position et il faut y avoir passé pour en comprendre toute l'horreur : cette mer morte qui vous environne, cette atmosphère immobile qui pèse sur vous, ce soleil ardent qui vous grille à son aise, les marins inactifs que l'ennui rend silencieux et moroses. Á tout instant, le regard consulte l'horizon et la voile languissante qui bat l'air stupidement à chaque respiration de la mer ; mais toute la nature semble endormie et les jours succèdent aux jours dans cette intolérable position… "
Dès qu'il a quitté cette mer rouge, le navire file vers Aden :

"… c'est bien l'Arabie et ses déserts ! du sable partout, pas d'eau, pas de verdure. Quelques maisons de bois venues d'Angleterre ont été remontées sur ces dunes ; elles sont maintenant des hôtels, des bazars où l'Anglais, comme partout fait un commerce actif, et, comme partout, se nourrit de thé, de café, de gin et de salt-beef… D'Aden à Ceylan, notre traversée s'effectua encore avec une mer splendide et dans une atmosphère agréable. C'était le matin quand nous arrivâmes dans cette grande île verdoyante… cette admirable végétation tropicale que mes yeux apercevaient pour la première fois nous semblait d'autant plus somptueuse que nous venions de quitter des sites plus désolés.. "

Avant de s'appeler Ceylan puis Sri Lanka, cette île était nommée Serendy si bien que le mot : serendipity évoque actuellement l'idée d'une découverte aussi heureuse qu'inattendue, ce qu'elle fut pour les navigateurs qui la découvrirent sans le vouloir.
" … Ce fut avec une sorte de volupté que nous parcourûmes la campagne toute étincelante de soleil, exubérante de vie, de fleurs, de parfums; nous nous plongions dans ce fouillis de verdure; nous pénétrions sous ces massifs d'arbres dont notre œil mesurait avec étonnement la grande hauteur… À Aden, nous avions déjà quitté ceux de nos compagnons qui se rendaient soit à Bombay, soit à Maurice et à la Réunion; ici, nous laissons un plus grand nombre de passagers, ceux qui vont à Calcutta, en Chine et au Japon ; mais nous avions eu le temps de resserrer nos relations et ce n'est pas sans un certain regret que l'on se dit au revoir espérant que le hasard qui nous a réunis une fois se reproduira."

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