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Voyage aller (page 6)


Il ne restait plus qu'une vingtaine de passagers pour l'Australie et la distance qui séparait Pointe de Galles de King George's Sound, située à la pointe sud ouest de l'Australie était d'environ 1 200 lieues kilométriques. Il fallait compter environ quinze jours pour ce trajet. Voici la suite du récit : "On s'était muni de charbon en conséquence ; non seulement les soutes étaient gorgées de la précieuse pierre mais une immense rangée de sacs, qui en étaient pleins recouvraient le pont : on avait seulement conservé libre pour les passagers un petit espace à l'arrière. Dans ces conditions, si le gros temps fût venu nous surprendre au début, il aurait fallu se hâter de lancer à la mer ces sacs pleins de houille, mais ils chargeaient tellement le navire qu'au départ on l'aurait cru près de couler tant il était bas sur l'eau. Bientôt nous sommes sous l'équateur et nous franchissons cette ligne fictive qui sépare les deux hémisphères. La côte australienne nous paraît déchiquetée et d'un aspect quelque peu étrange. La rade est solitaire et calme. La ville nouvelle descend en pente douce vers la mer. Je repassais en 1898 dans ce port. On l'appelle aujourd'hui Albany.

Nous n'avions pas encore traversé la ville que nous nous arrêtâmes surpris devant le bizarre spectacle de quatre ou cinq indigènes des deux sexes qui semblaient eux-mêmes parcourir pour la première fois cette cité nouvelle ; silencieux et graves ils regardaient attentivement ces installations européennes. L'un de ces indigènes, un vieillard, portait une sorte de manteau fait d'une peau de kangourou et retenu sur l'épaule droite au moyen d'une liane. Comme nous étions dans la belle saison, le reste de la troupe était complètement nu ce qui était loin d'être à leur avantage. Une femme surtout excitait notre attention. Elle avait la tête complètement rasée et le visage enduit d'une graisse qui répandait une odeur repoussante ; ses épaules et sa poitrine présentaient des traces de blessures dont les cicatrices formaient un relief; mais ce que nous prenions alors pour des marques de mauvais traitements n'est autre chose, nous dit-on, qu'une distinction et plus tard j'eus l'occasion de retrouver les mêmes usages chez les habitants de la Nouvelle-Calédonie.

Toute la largeur du continent australien c'est-à-dire huit cents lieues environ nous séparaient de Melbourne où nous devions faire la prochaine relâche. Pour la plupart d'entre nous le voyage touchait à son terme. Nous avions quitté ce bel océan indien et son ciel toujours pur. Maintenant nous roulions et tanguions à qui mieux mieux sur une mer sans éclat. Ce furent les journées les plus longues de notre voyage et ce fut une grande joie pour moi lorsque nous pénétrâmes dans la rade longue et étroite au fond de laquelle se trouve Melbourne. C'est là cependant que je devais dire adieu à de véritables amis, à ce jeune écossais surtout qui me serra la main avec effusion me souhaitant bonne chance au milieu des sauvages de la Nouvelle-Calédonie… 48 heures de mer nous séparaient encore de Sydney. De nombreux passagers nouveaux prirent place sur le steamer pour cette petite traversée et le 16 novembre 1863 à 7 heures du matin et par un temps superbe nous entrions dans la magnifique baie de Sydney une des plus vastes et des plus sûrs du monde.

À peine installé à Royal Hôtel je me rendis chez le Consul où on m'apprit à ma grande satisfaction que j'avais au moins un mois à dépenser à Sydney car le courrier de Nouvelle-Calédonie était en retard. Aussitôt que cette nouvelle fut connue de quelques-uns uns de mes compagnons de voyage à Sydney, avec l'empressement le plus amical, m'offrirent l'hospitalité de leur ville ou de leurs champs et j'allai passer une quinzaine de jours des plus agréables de ma vie dans une station située le long de Macquarie River… Cependant, le temps s'écoulait et le navire qui devait m'emporter en Nouvelle-Calédonie arriva; je me rendis à bord afin de faire connaissance avec le Capitaine dont je devais partager la société pendant la traversée. C'était, comme il se plaisait à s'appeler lui-même, un vrai loup de mer dont les cheveux avaient blanchi ou disparu au service de son pays. Il prit connaissance des lettres ministérielles dont j'étais porteur et m'avisa aussitôt du jour où il comptait partir afin que je fusse à bord avec des bagages.

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